Ther-mome-metre

mercredi 25 mai 2011

"Mongol" de Karin Serres mise en scène par Pascale Daniel-Lacombe



Mongol est un roman de Karin Serres, dont l'adaptation théâtrale vient de paraître à l'Ecole des Loisirs.
Le temps est mitigé pour ce spectacle. Le texte est remarquable et j'en conseille la lecture aussi bien aux plus jeunes qu'aux plus grands et pourquoi pas aussi aux enseignants ou éducateurs. Nous entrons dans le quotidien de Ludovic, un jeune garçon plein de vie mais un peu plus lent que ses camarades de classe. Alors que sonne l'heure de la récréation, Ludovic subit les taquineries qui se transforment vite en moqueries. Soudain, entre les rires mesquins, fuse le mot qui va tout bouleverser :"mongol'" . Ils rigolent bien, les autres. Ludovic, lui ne comprend pas. Alors, il va chercher en secret dans le dictionnaire, et à sa surprise il lit :" Mongol : de la Mongolie", fiers guerriers, coutumes ancestrales, grandes plaines... Il n'en faut pas plus au jeune garçon pour s'identifier au Mongol dont on semble l'avoir traité. Malgré, ou grâce, à la méchanceté ambiante, le garçon va se transformer, se révéler, progresser : se métamorphoser.
Drôle et ludique, la pièce est pleine de promesses.



La mise en scène de Pascale Daniel-Lacombe était intéressante. Le décor mouvant, dans lequel s'emboitent les lieux comme les legos qui constitueraient la vie de Ludovic est un bon point. On passe avec fluidité et sans abuser du noir, de la salle de classe, à la chambre de Ludovic, aux toilettes de la cour de récré dans lesquelles il se réfugie... En revanche, les acteurs portaient des masques dont je n'ai pas compris le sens et pas perçu l'utilité. Le jeu du corps des acteurs n'était pas particulièrement adapté au port de cet outil. L'autre point que j'ai trouvé décevant était l'utilisation de l'espace scénique. L'ensemble de l'action se passait vraiment sur le devant de la scène et de manière latérale. On avait donc l'impression que les comédiens étaient "poussés" vers le public avec derrière eux le mur des décors. Une étroitesse qui se fait ressentir. Peut être s'agissait-il de suggérer le reste des bâtiments qui occuperaient toute la scène, ou bien de créer une intimité avec Ludovic. Quoiqu'il en soit, cela ne fonctionnait pas. Je pense donc que le mise en scène illustrait le texte, mais le fonctionnement de l'ensemble reposait davantage sur l'excellente écriture de Karin Serres que sur un homogénéité de la scène et du texte. Pour finir tout de même sur une note positive, j'ai apprécié le jeu des comédiens et tire mon chapeau pour celui (ou celle : le mystère perdure, les masques tiennent) qui interprétait l'ennemi de Ludovic, son tortionnaire de récré : une attitude, une posture du corps, une gestuelle qui campait merveilleusement l'enfant.


mardi 24 mai 2011

Le Brigadier

Un accessoire, une histoire est un feuilleton qui vous propose d'explorer des objets et des accessoires du théâtre. Il mêle librement Histoire et histoire et fait le pari de vous surprendre avec quelques sourires , quelques repères au détour d'un phrase.


 Le Brigadier

Tout commence une nuit brumeuse à Paris. Une famille s'apprête alors à souper, attablée, face au père qui lance la bénédiction. Alors que les premiers croutons étaient jetés dans les assiettes, on entendit frapper à la porte. Les enfants avaient interdiction de se lever de table tant que les assiettes n'étaient pas vidées, ce fut donc le père qui alla ouvrir. Un homme d'une cinquantaine d'années se tenait sur le pas de la porte. Nous passerons au lecteur les détails de son habillement, évidemment sale et misérable, et de son faciès déchiré par un étrange sourire qui tenait davantage du rictus nerveux. La famille était bonne chrétienne. On prit donc de la soupe dans chaque assiette et quelque croutons sauvés de la noyade pour faire souper notre homme.
La fin du repas était venue en quelques lampées. La tradition familiale voulait que cela soit un moment de partage des expériences de la journée, et avec un peu de chance, le père lirait une page d'un livre de grand. Chacun fît part de son quotidien. L'homme écoutait. La parole passait d'une bouche à l'autre. Puis de l'autre à l'une et le brouhaha s'installait sans que plus personne à cette table ne s'écoute. Soudain, l'homme se leva comme prit d'une terrible démangeaison, brisant le cercle de la veillée quotidienne. Jouant des regards qui se tournaient vers lui, il mima une terrible et incompréhensible douleur à la jambe. Puis, tirant sur son pantalon, devant les yeux effarés de la famille, on commença à voir émerger de l'écorce. Puis encore de l'écorce, c'était une véritable branche qui naissait du bas du pantalon de l'homme. Dans un soupir de soulagement, il retira la bâton de bois de son pantalon, puis se rassit. Il raconta, que pour sa part, il avait eu une excellente soirée et un bon dîner, mais qu'avant ça, il avait du se battre avec un malfrat. Les yeux pétillèrent de cette tranche d'extraordinaire. L'homme raconta comment il avait été repéré et s'était battu sur un chantier et avait finalement prit le dessus sur le voyou qu'il poursuivait. Durant le combat une épine s'était plantée dans sa jambe et avait poussée pendant le repas. Il s'excusait d'avoir du s'en débarrasser devant la famille, mais elle devenait vraiment encombrante et démangeait atrocement. Puis, s'en en rajouter, il salua la famille, souhaita la bonne nuit et prit la porte sans même être escorté du père.
Il oublia, ou laissa volontairement, son épine devenue branche dans la salle à manger. Les rumeurs allèrent bon train, la famille déduit que l'homme devait être un représentant de l'état, un fier brigadier, qui après avoir accompli son devoir, été venu se restaurer auprès de ceux qu'il protège. Ils gardèrent l'épine étrange de l'homme et avant chaque récit quotidien, lorsqu'arrive l'heure de la veillée, le père appelle au silence en frappant quelques coups avec le bâton du brigadier sur la table. Le silence se fait alors, en souvenir de cet homme étrange et de la branche qui avait poussé de son bas de pantalon.


Au théâtre, les trois coups sont frappés avec un bâton appelé brigadier sur le plancher de la scène, juste avant le début de la représentation, pour attirer l'attention du public, particulièrement quand il y a un lever de rideau.

lundi 16 mai 2011

"Guitou"

Une perle théâtrale!


De Fabrice Melquiot, j'avais déjà beaucoup aimé Albatros
Lorsque Guitou est arrivé, je me suis jetée dessus, d'autant plus que le thème me plaisait particulièrement: la photo!
On s'immerge et s'immisce dans une petite famille sans histoires : il y a le père "Moi", sa femme" Petite Amie" et leur petite fille "Armance". 
Et puis un jour, Armance ouvre des tiroirs de tiroirs et exhume de veilles photos du passé de ses parents. Et c'est un joyeux bazar qui s'installe. Au contact de la petite fille, les personnages des photos prennent vie et deviennent les Bons Copains et les Bonnes Copines d'Armance, et elle s'empresse de les présenter à ses parents. Et quelle surprise pour eux de reconnaître dans les connaissances de leur fille, l'image de leurs propres Bons Copains de leurs enfances qu'ils pensaient fixés dans le temps mort de la photo.  Les temps se mélange, à tel point que va apparaître Guitou. Guitou? C'était le meilleur ami du Papa qui sort de la photo une nuit et s'installe avec la famille devant l'air ahuri presque hagard du père qui n'y croit pas et la joie d'Armance d'avoir un grand frère par magie. Et voilà qu'un petit garçon des années 70 s'incruste dans la famille bien des années 2011 de son meilleur ami qui lui a grandit et est devenu un adulte. Une fresque familiale, une fresque temporelle qui nous donne envie de replonger dans nos propres albums.

Ce que j'aime chez Fabrice Melquiot? Sa plume sans doute. Ses tournures peut être. Ses sujets hors du temps et universels. Sa facilité à faire renaître une certaine naïveté et une fraîcheur chez ses personnages, enfin. Cette pièce est un coup de coeur, je ne l'ai pas lâchée, littéralement. En faisant bouillir l'eau des pâtes, en rangeant, en marchant, jusqu'à ce que j'ai ingurgité la dernière réplique!

Pour 4 personnages (Guitou pouvant laisser place à une voix off), à partir de 7 ans.

samedi 14 mai 2011

David Lescot et les adolescents


« Alors nous en tant que parents c'est vrai qu'on est un peu déboussolés bon c'est vrai on est très contents de ce qui leur arrive on parle d'eux partout on nous pose beaucoup de questions on est très inquiets très très inquiets... » Les Jeunes

« ...c'est pour ça qu'il faut faire attention avant de refaire les choses... » On refait tout

« Je suis là pour veiller à ce que le repas des élèves se déroule convenablement, à ce qu'il n'y est pas d'accidents, pas de bagarres, pas de blessés, pas de morts. Et c'est difficile. » Réfection



Les Jeunes, On refait tout, Réfection . Trois pièces, paru dans un même volume, mettant en scène des collégiens. Loin du petit CM2 qui entre au collège, David Lescot dresse le portrait d'une pré-adolescence tourmentée et extrême.

David Lescot est un auteur sans pareil qui m'a beaucoup séduite avec cet opus : il fait parler des collégiens avec violence, on se sent dans la peau du jeune sans jamais se dire « c'est de la caricature ». 

Avec Les Jeunes il plonge dans cette générations des bébé rocker, enfant-star, et autre hybridation de l'enfance que connaît notre société. Deux groupes de musique se construisent, Les Schwartz et les Pinkettes, les garçons et les filles, s'opposent, se cherchent, se détruisent sous le regard ahuris des adultes, celui paniqué mais fier des parents, celui adulateur des foules. Une descente dans les enfers très bien orchestrée

On refait tout est celle que j'ai le moins apprécié, probablement à cause du thème : le foot. Un match qui tourne court et que l'on décide de rejouer, pourtant il aurait mieux valu en rester là. Scène de bizutage dans les vestiaires, pression médiatique autour du sport : tout y est mais le jeu des répliques et le rythme sont trop étranges. On alterne commentaire succinct avec grand renfort de point de suspension avec des scènes composées de longue réplique trop linéaires.

Réfection est celle que je préfère car elle me rappelle mes expériences dans l'animation : des tables de jeunes dans un réfectoire, et un Pion pour éviter les morts par étouffements ou glissade. Trois tables avec chacune une dynamique : celle ou l'on s'inquiète de la possible présence de porc dans les bouchées à la reine, celle ou un ballon a été perdu qui crée un conflit entre le propriétaire et le responsable, celle qui asticote le Pion. On sent poindre le drame dans le brouhaha et pourtant on attend, un sourire crispé aux lèvres, et on l'accueille quand il se produit. Soulagé que la tension trouve son nœud et terrifié d'éprouver un tel contentement.

Les Jeunes, On refait tout, Réfection paru chez Actes Sud Papiers en avril 2011.

mercredi 11 mai 2011

Future / No Future au Théâtre Dunois

La création pour, par, sur des adolescents
Imaginez-vous sur un vol, un vol étrange. Vous êtes installés avec les autres passagers et une équipe d'hôtes et d'hôtesses de l'air aux gants bien blancs vous fait le discours habituel de sécurité, lorsque vous les entendez, sourire Signal sur les lèvres :


"Il n'y aucune issue,
il faut aller de l'avant"
"Il n'y aucune issue,
il faut aller vers l'inconnu"
"En cas de crash, des planètes gonflables de rechange tomberont..."


Il est trop tard pour descendre de l'avion, de toute manière je ne suis pas de ces rats qui quittent le navire, et face à ces sourires et ces voix qui répètent de manière presque effrayante "tout va bien, tout, va, bien, tout va bien..."  je décide de me laisser porter, un peu comme ces ados qui attendent, souhaitent, imaginent un futur, le leur?

S'égrènent alors tout au long de la pièce des histoires, des fragments de vies qui appréhendent un futur. Une jeune mère qui ne veut pas laisser sortir son bébé car le monde n'est pas prêt, une mère et son ado de fille, d'étranges responsables d'entreprise qui inventent la nourriture de demain à base de cadavre... Un patchwork dans lequel on ne suit parfois plus les lignes de coutures. Heureusement, l'équipage de notre vol, constitué de onze adolescents amateurs de théâtre, intervient ponctuellement au cours de la pièce. Avec un quelque chose de flegmatique face au vol sans pilote dans lequel nous sommes, il marque les étapes de cet étrange voyage non pas dans mais vers le futur. 

Et puis le présent apparaît par le hublot de temps en temps, des témoignages filmés et projetés sur deux grands écrans présents sur scène comme des nuages que l'on verrait passer. Mise en écho de jeunes et de plus âgés sur ce qu'il perçoivent du futur, de l'évolution, des gens, de la planète. Des idées du futur actuel mises en écho aux anciens futurs évoqués par ceux qui l'avait imaginé il y a 40 ans.

Et ces moments nous surprennent car on perçoit ce que les ados voient le matin en se levant : cette absence d'ennemi unique à combattre, cette absence de leader, d'idées, d'espoirs quelque part pour les guider; tout comme notre avion qui n'a pas de pilote. Et puis tout ce que l'on attend d'eux, en tant que génération future. Et pourtant ils sont là, à nous montrer le futur, à oser l'affronter alors que nous, les adultes, on se perd dans le présent de nos soucis quotidiens.

Future / No Future est une création qui s'agite et que j'ai beaucoup apprécié pour sa fraîcheur et sa portée. Un bémol pour les scènes d'histoires dans lesquelles je n'ai trouvé d'intérêt que pour une comédienne (Naïma Ostrowski).Une mention spéciale ira à Francis Guerrier et Maurice Giraud pour leur travail de scénographie et lumière tout à fait bluffant. Mention pour ses adolescents aussi qui m'ont rappelé mes années de lycée en option théâtre.


Un pièce-portraits d'adolescents : déterminés dans leurs incertitudes, jouée au Théâtre Dunois.

Pour aller plus loin, un micro trottoir à la sortie de la pièce, à écouter en cliquant ici :



mardi 10 mai 2011

Semianyki





Mercredi dernier, je suis allée assister au retour du Teatr Licedei au Théâtre du Rond Point pour le spectacle Semianyki. Venus une première fois en 2007, ces clowns pas vraiment comme les autres avaient déplacés les foules. Il fallait donc que je constate ce phénomène dont on me parlait tant! Le moins qu'on puisse dire, c'est que j'ai été bluffée, emportée, surprise, enchantée. 
Un petit air de poésie me semblait familier, un rien qui renvoie à l'enfant qui est en nous qui me semblait avoir été déjà réveillé par un spectacle.... Et bien, le Teatr Licedei a été fondé par Slava Polunine, à qui j'ai déjà consacré un Objet Théâtral Mirobolant pour son spectacle Slava Snowshow (si vous voulez en savoir plus sur la corrélation, rendez-vous sur la page Wikipédia). Pour Semianyki ("la famille" en russe) j'ai passé 1h40 de bonheur, sans parole, c'est clown burlesque m'ont fait rire comme jamais, entre bataille d'oreillers dans le public, petites taquineries entre les membres de la famille, moment d'émotion lorsque le père prend ses clics et ses clacs, et explosion quand son retour inonde la salle. On joue, on rit, on se regarde et on finit en apothéose avec un déchainement de serpentins de plusieurs mètres qui s'abat sur le scène et la salle. On sort comme du linge après une machine laver : rincé des mauvaises humeurs, blanc et naïfs comme des enfants!

dimanche 1 mai 2011

Les Classiques à l'école

Dans mon transistor en ce moment : une émission qui fait écho à une expérience universelle. Vous vous souvenez de ce pavé qu'on vous plaque sur le bois de votre table d'école et que vous traînez chez vous avec cette pression : "il faut que je le finisse, il faut que je le finisse!"?
Chacun cajole son petit traumatisme littéraire-scolaire, pour moi, ce fût Madame Bovary de Flaubert, en 1ère Littéraire. J'ai été jusqu'au bout, par haine, pour pouvoir démonter le texte, affuter mes arguments contre ma prof. Mais l'énergie du combat contre l'autorité n'anime pas tout le monde tout le temps, le réflexe face à ces lectures imposées reste l'abandon de la lecture. Temporaire parfois, pérenne d'autres fois. Alors que donner à lire aux élèves pour les séduire, leur parler, leur apprendre l'amour des mots? Comment le faire lorsque l'on est une figure d'autorité et que l'on fait partie d'un système de notation? Une émission pleine de surprise, de propos intelligents, une pause musicale délectable (Olivia Ruiz!!!), à écouter :


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