Un accessoire, une histoire est un feuilleton qui vous propose d'explorer des objets et des accessoires du théâtre. Il mêle librement Histoire et histoire et fait le pari de vous surprendre avec quelques sourires , quelques repères au détour d'un phrase.
Le Brigadier
Tout commence une nuit brumeuse à Paris. Une famille s'apprête alors à souper, attablée, face au père qui lance la bénédiction. Alors que les premiers croutons étaient jetés dans les assiettes, on entendit frapper à la porte. Les enfants avaient interdiction de se lever de table tant que les assiettes n'étaient pas vidées, ce fut donc le père qui alla ouvrir. Un homme d'une cinquantaine d'années se tenait sur le pas de la porte. Nous passerons au lecteur les détails de son habillement, évidemment sale et misérable, et de son faciès déchiré par un étrange sourire qui tenait davantage du rictus nerveux. La famille était bonne chrétienne. On prit donc de la soupe dans chaque assiette et quelque croutons sauvés de la noyade pour faire souper notre homme.
La fin du repas était venue en quelques lampées. La tradition familiale voulait que cela soit un moment de partage des expériences de la journée, et avec un peu de chance, le père lirait une page d'un livre de grand. Chacun fît part de son quotidien. L'homme écoutait. La parole passait d'une bouche à l'autre. Puis de l'autre à l'une et le brouhaha s'installait sans que plus personne à cette table ne s'écoute. Soudain, l'homme se leva comme prit d'une terrible démangeaison, brisant le cercle de la veillée quotidienne. Jouant des regards qui se tournaient vers lui, il mima une terrible et incompréhensible douleur à la jambe. Puis, tirant sur son pantalon, devant les yeux effarés de la famille, on commença à voir émerger de l'écorce. Puis encore de l'écorce, c'était une véritable branche qui naissait du bas du pantalon de l'homme. Dans un soupir de soulagement, il retira la bâton de bois de son pantalon, puis se rassit. Il raconta, que pour sa part, il avait eu une excellente soirée et un bon dîner, mais qu'avant ça, il avait du se battre avec un malfrat. Les yeux pétillèrent de cette tranche d'extraordinaire. L'homme raconta comment il avait été repéré et s'était battu sur un chantier et avait finalement prit le dessus sur le voyou qu'il poursuivait. Durant le combat une épine s'était plantée dans sa jambe et avait poussée pendant le repas. Il s'excusait d'avoir du s'en débarrasser devant la famille, mais elle devenait vraiment encombrante et démangeait atrocement. Puis, s'en en rajouter, il salua la famille, souhaita la bonne nuit et prit la porte sans même être escorté du père.
Il oublia, ou laissa volontairement, son épine devenue branche dans la salle à manger. Les rumeurs allèrent bon train, la famille déduit que l'homme devait être un représentant de l'état, un fier brigadier, qui après avoir accompli son devoir, été venu se restaurer auprès de ceux qu'il protège. Ils gardèrent l'épine étrange de l'homme et avant chaque récit quotidien, lorsqu'arrive l'heure de la veillée, le père appelle au silence en frappant quelques coups avec le bâton du brigadier sur la table. Le silence se fait alors, en souvenir de cet homme étrange et de la branche qui avait poussé de son bas de pantalon.
Au théâtre, les trois coups sont frappés avec un bâton appelé brigadier sur le plancher de la scène, juste avant le début de la représentation, pour attirer l'attention du public, particulièrement quand il y a un lever de rideau.




Cécile Mouvet

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