Ther-mome-metre

lundi 27 juin 2011

Texte et représentation

Aujourd'hui je vous présente un DVD d'une excellente collection développée par le SCEREN / CRDP qui s'intitule Entrer en théâtre.
J'ai choisi un thème assez général : l'étude de textes dramatiques en classe et leurs confrontations avec l'expérience de la représentation.

Ce coffret comporte deux DVD, l'un qui s'axe sur le texte Rhinocéros de Ionesco et le second sur Peine d'amour perdue de Shakespeare et se base sur le travail de mise en scène de Demarcy-Mota. L'ensemble est assez long , 213min. J'ai visionné le DVD portant sur Rhinocéros, portée par mon goût pour le théâtre récent.


La première chose à dire est que c'est un matériau de réflexion extrêmement riche car il allie des documents d'archives ( Rhinocéros de Jean Louis Barrault avec des articles de presses, des photographies) des extraits de la mise en scène de Demarcy-Mota, des lectures en classe menées par des enseignants, des rencontres documentées avec les musiciens du spectacle et une immersion dans la conception des éclairages.

Ce qui m'a beaucoup plus ce sont les séances filmées en classe de Seconde et de Première où l'on voit les enseignants mener (tant bien que mal parfois) les élèves à révéler le texte, sans jamais le débiter en tranches de jambon insipides par une analyse trop chirurgicale. Dans un cas, une jeune professeur anime vraiment la classe à renfort de jeu corporel, de sollicitations de son public d'élèves. Dans un second un professeur, un peu plus âgé, mène lui aussi son auditoire mais depuis son bureau avec une énergie beaucoup plus statique.
La représentation théâtrale est aussi là, dans ces cours.

Un point que j'ai beaucoup apprécié c'est que l'on met le doigt sur une question importante pour qui lit du théâtre : comment imagine-t-on la pièce? Pourquoi peut on se sentir trahit par une mise en scène d'un texte qu'on avait déjà imaginé? Le DVD répond en partie à ces questions de liens entre les acteurs du texte que sont l'auteur, le lecteur, le metteur en scène, mais surtout : il ouvre le débat.

Il y en aurait encore beaucoup à dire, les rencontres filmées des comédiens avec les jeunes en classe, le travail sonore (c'est bien la première fois que j'ai du m'interroger sur cette création qui se greffe à la pièce, son rôle et sa démarche!), les répétitions de Demarcy-Mota avec ses comédiens.... Et ce n'est qu'un DVD sur les deux que contient le coffret! Je vous laisse imaginer la mine d'or et le plaisir que j'ai eu et que j'espère vous aurez à les visionner!

mercredi 15 juin 2011

Ecoles et jeunes compagnies

Dans mon Transistor j'ai mis l'émission de France Culture autour des écoles et des jeunes compagnies. Une émission qui pose la question de la formation, et surtout de l'après-formation. Lorsque les élèves frais moulus de l'école artistique (danse ou théâtre) sortent, quels accompagnements pour démarrer dans la vie artistique? Quel suivi pour les projets naissants?
La question se pose de manière générale lorsque l'on entreprend des études, mais on doit reconnaître que dans le domaine artistique des liens se créent particulièrement entre les enseignants et les élèves, qui se renforcent avec les temps difficiles que vit la culture. Des initiatives se développent, la porosité entre le cycle d'étude et l'insertion professionnelle est grandissante.

Les questions fusent durant l'émission, on y entend Séverine Chavrier, metteur en scène du spectacle Epousailles et représailles ; Emmanuelle Huynh, directrice du CNDC d'Angers à l'initiative de Schools (rencontres internationales des écoles de danse) et Agnieszka Ryszkiewicz, danseuse polonaise. Pour être dans le vif du sujet, il faut se reporter à la deuxième moitié de l'émission, la première étant une table littéraire.

J'attendais beaucoup de cette émission et j'ai été un peu déçue. On y évoque surtout la danse, en revanche la formation théâtrale, la multiplicité ahurissante des écoles et le manque d'échanges entre elles n'y est pas abordé : dommage. Le débat tourne un peu en rond, on est plus dans l'introspection des invités (leurs parcours, leurs formations) sans mise en écho à une expérience plus universelle, le manque de liant entre les questions rend aussi l'émission difficile à suivre (on passe d'un récapitulatif rapide des formations possibles, à la création des CNDC, à l'importance de la culture générale et la mémoire dansée...). C'est à écouter néanmoins, par principe :






mardi 14 juin 2011

"Méchant" à la Comédie de la Passerelle



Méchant? Ah oui, ça Croch'patte pour être un méchant s'en est un... Et en plus, c'est un glouton! Pour assouvir une faim terrible il vole les gouters de ses camarades jusqu'au jour où il décide de s'attaquer à celui de son amie Biquette. Dès lors, rien ne va plus...
Le texte d'Anne Sylvestre met en scène ces deux personnages qui rappellent les contes mais qui ont des caractères et se réfèrent à des expériences bien réelles.

Ce texte, mis entre les mains d'Emile Delaunay et incarné par les comédiennes Raphële Gominet et Rafaële Chauvin devient une récréation pleine de réflexion (je milite pour le loisir instructif). Choisissant une mise en scène assez minimaliste, la metteuse en scène fait reposer le texte sur le jeu des comédiennes. Sur fond de mur en brique, les deux personnages se retrouvent au rythme de l'enfance : maison, école, récré, maison. Un Croch'patte gothique y fait l'apologie de la peur qu'il inspire chez ses camarades, armé de sa guitare électrique, rien ne semble lui résister, jusqu'aux flammes qui animent ses cheveux qui semblent crépiter. C'est sans compter sur l'énergie positive de Biquette, symbole de l'eau et de la fluidité, qui viens apaiser dans le jeu et dans la parole, la violence de Croch'patte (en diluant peut être parfois un peu trop). Le bémol, parce qu'il y en a toujours un lorsque l'on voit beaucoup de spectacles, sont les parties chantées. Elles ne sont pas assumées comme telles, les voix ne sont pas travaillées pour. Le second point à mettre en perspective concerne les déplacements de plateau, les passages derrière le mur de brique étant assez perturbants pour le spectateur. Ceux-ci marquent la temporalité mais cassent le jeu et la dynamique des comédiennes. Le spectacle aborde néanmoins une thématique essentielle, ravivant une expérience malheureusement commune à beaucoup d'écoliers. Une mise en scène bien menée, avec une mention spéciale pour l'interprétation de Croch'patte que j'ai trouvé drôle et méchant à bon escient. J'ai quitté la salle en entendant les enfants réclamer "Maman, tu me donne mon goûter?". Ma tartine de Nutella m'attends moi aussi...
Un spectacle à voir dès 7 ans.
Pour jouer autour du spectacle : cliquez ici
Pour vous donner envie, la bande annonce :

Méchant! - la bande annonce par extspectacle

jeudi 9 juin 2011

Le Théâtre Forum : une pratique sociale


Le théâtre forum prend ses origines dans les techniques et l'idéologie proposée par le brésilien Augusto Boal.
Tout commence dans les favelas de Sao Paulo dans lesquels Augusto Boal développe ce concept de théâtre participatif qui vise à explorer les tensions politiques quotidiennes et les problématiques sociales de la population défavorisée. Le Théâtre de l'Opprimé est en train de naître. Il s'agit d'un théâtre qui vise à informer et conscientiser les individus opprimés en recréant sur scène les situations de conflits. Au delà de la simple contemplation des problématiques vécues, Augusto Boal innove en invitant les individus à remplacer les comédiens et à proposer de nouvelles alternatives sur scène.



Le Théâtre Forum s'inspire de la dimension sociale et la pousse à l'extrême jusqu'à s'extraire du paysage théâtral pour devenir un outil de travail pour les éducateurs et les professionnels du social. Le théâtre forum est comparable à un débat organisé mais dans la théâtralité. Le sujet est choisi avant la réunion, lors de l'arrivée des spectateurs, des antagonistes et des protagonistes sont désignés avec la présence d'un joker (comparable à un maître de cérémonie qui va moduler si besoin). La scène débute avec les comédiens, puis celle-ci est stoppée par le joker, en général au bout de 10 à 15 min. Les spectateurs sont invités à proposer une suite, voir à reprendre la scène à la place des comédiens pour improviser ce qui pourrait se passer. Le théâtre forum mélange donc réflexion, improvisation, intervention, jeu de rôle, prise de risque. Un cocktail explosif pour un théâtre participatif.

Ce billet prend son origine dans l'émission diffusée aujourd'hui même sur France Inter, Carnet de Campagne présentée par Philippe Bertrand. L'invitée en deuxième partie était Myriam Zwingel, directrice artistique de la compagnie Six pieds sur terre. Une compagnie qui fluctue entre l'éthique du Théâtre de l'Opprimé (Augusto Boal) et le théâtre forum. La compagnie garde la vocation sociale du Théâtre de l'Opprimé et la forme participative du théâtre forum, en revanche, elle réalise des spectacles, c'est à dire qu'elle préfère une forme longue à l'aspect "scénette" de 15min des deux concept évoqués précédemment. Un théâtre interactif qui conserve sa vocation théâtrale de représentation. Le travail de la compagnie est particulièrement intéressant car tourné en priorité vers les scolaires par des sujets tels que Drogues et conduites addictives ou bien la Nutrition pour les primaires. Une initiative que je salue et vous invite à découvrir sans plus attendre en écoutant l'intervention de Myrima Zwingel :




Pour aller plus loin : 

mardi 7 juin 2011

TDC / La tragédie française XVIe-XVIIIe siècle


La tragédie, ce n'est pas qu'un héritage antique, c'est aussi l'histoire de l'évolution d'un genre. La publication du Scérén explique très bien ces mutations. Ce que j'apprécie particulièrement dans les numéros TDC c'est cette formule parfaitement équilibrée et encore inégalée de documents iconographiques et de texte. J'attire particulièrement l'attention sur deux chapitres bien menés et pour lesquels peu d'ouvrages synthétiques existent.

Tout d'abord un dossier sur le dispositif scénique qui reprend des notions telles que l'arrivée du rideau de scène en France, le début du décor en tant que véritable élément dramaturgique de la tragédie, le statut du public auquel on dévoile ou non certains éléments scéniques.
Le passage sur la monstration des événements sanglants puis leurs simples évocations est un extrait qui prête particulièrement à la réflexion sur les évolutions de ce qui est admis comme visible (avec possibilité d'ouvrir le débat auprès des jeunes sur l'extrême violence aujourd'hui plébiscité par les médias et les effets attendus/effectifs)

Le second dossier vraiment intéressant crée le lien entre mythe et Histoire grâce à la tragédie. On y apprend pourquoi ceux-ci ne sont pas antinomiques (un article sur le passage du sacré au politique dans la tragédie est aussi à lire pour comprendre le rôle que prend l'Histoire dans la tragédie au XVIIe siècle). Les sources d'inspirations de la tragédie mais aussi sa valorisation en tant que genre évolutif sont abordés par le prisme de la littérature. Dense mais riche.


Une revue qui vous dévoile la tragédie en peu de pages pour beaucoup de connaissances.

La revue est en vente en librairie ou sur le site du CRDP à 5,50€.

 
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