Ther-mome-metre

mercredi 20 juillet 2011

Avignon, c'est aussi pour les enfants!

Avignon, cela sonne comme une promesse empreinte de surprises, de questionnements et de déceptions parfois. Commençons par replacer les choses : ce n'est pas pour moi un passage obligé, bien que sa renommée soit grande, d'autres festivals méritent le détour en région.
Cependant, cela reste une plateforme pour se faire connaître, donc on va défricher un peu le terrain. 

Malheureusement, le théâtre jeune public en tant que vilain petit canard du spectacle vivant, n'a pas vraiment sa place au sein du Festival IN, ce que je regrette bien. En revanche on y découvre une programmation intéressante dans le OFF et surtout un festival dédié : Festival Théâtr'enfants.

Pour ceux qui seront dans les environs voici les liens pour la programmation : 
Dans le cadre du Festival Théâtr'enfants, deux spectacles ont retenus mon attention :
  1. Nomade si j'veux dans une mise en scène de S. Boulier avec le texte de K. Belalimat
  2.  Jeune Pousse de la compagnie Piccola Velocita.
Pour le Avignon OFF,  trois spectacles semblent sortir du lot : 
  1. L'hiver 4 chiens mordent mes pieds et mes mains dans la mise en scène de  Thierry Lutz 
  2. Dans le lit du Géant Toboggan par la Compagnie Qui-bout! 
  3. Les Saisons de Rosemarie dans une mise en scène de Stéphane Fortin
Au delà de l'activité de spectateurs, je vous invite à fréquenter les autres pôles présents et notamment les tables rondes, les débats et les stages destinés au jeune public.
Une programmation que vous retrouverez en ligne au sein des deux précédents liens que je vous ai communiqués.

Une période estivale qui galope, je m'en vais en profiter ce week-end même, à bientôt pour le compte rendu!

lundi 27 juin 2011

Texte et représentation

Aujourd'hui je vous présente un DVD d'une excellente collection développée par le SCEREN / CRDP qui s'intitule Entrer en théâtre.
J'ai choisi un thème assez général : l'étude de textes dramatiques en classe et leurs confrontations avec l'expérience de la représentation.

Ce coffret comporte deux DVD, l'un qui s'axe sur le texte Rhinocéros de Ionesco et le second sur Peine d'amour perdue de Shakespeare et se base sur le travail de mise en scène de Demarcy-Mota. L'ensemble est assez long , 213min. J'ai visionné le DVD portant sur Rhinocéros, portée par mon goût pour le théâtre récent.


La première chose à dire est que c'est un matériau de réflexion extrêmement riche car il allie des documents d'archives ( Rhinocéros de Jean Louis Barrault avec des articles de presses, des photographies) des extraits de la mise en scène de Demarcy-Mota, des lectures en classe menées par des enseignants, des rencontres documentées avec les musiciens du spectacle et une immersion dans la conception des éclairages.

Ce qui m'a beaucoup plus ce sont les séances filmées en classe de Seconde et de Première où l'on voit les enseignants mener (tant bien que mal parfois) les élèves à révéler le texte, sans jamais le débiter en tranches de jambon insipides par une analyse trop chirurgicale. Dans un cas, une jeune professeur anime vraiment la classe à renfort de jeu corporel, de sollicitations de son public d'élèves. Dans un second un professeur, un peu plus âgé, mène lui aussi son auditoire mais depuis son bureau avec une énergie beaucoup plus statique.
La représentation théâtrale est aussi là, dans ces cours.

Un point que j'ai beaucoup apprécié c'est que l'on met le doigt sur une question importante pour qui lit du théâtre : comment imagine-t-on la pièce? Pourquoi peut on se sentir trahit par une mise en scène d'un texte qu'on avait déjà imaginé? Le DVD répond en partie à ces questions de liens entre les acteurs du texte que sont l'auteur, le lecteur, le metteur en scène, mais surtout : il ouvre le débat.

Il y en aurait encore beaucoup à dire, les rencontres filmées des comédiens avec les jeunes en classe, le travail sonore (c'est bien la première fois que j'ai du m'interroger sur cette création qui se greffe à la pièce, son rôle et sa démarche!), les répétitions de Demarcy-Mota avec ses comédiens.... Et ce n'est qu'un DVD sur les deux que contient le coffret! Je vous laisse imaginer la mine d'or et le plaisir que j'ai eu et que j'espère vous aurez à les visionner!

mercredi 15 juin 2011

Ecoles et jeunes compagnies

Dans mon Transistor j'ai mis l'émission de France Culture autour des écoles et des jeunes compagnies. Une émission qui pose la question de la formation, et surtout de l'après-formation. Lorsque les élèves frais moulus de l'école artistique (danse ou théâtre) sortent, quels accompagnements pour démarrer dans la vie artistique? Quel suivi pour les projets naissants?
La question se pose de manière générale lorsque l'on entreprend des études, mais on doit reconnaître que dans le domaine artistique des liens se créent particulièrement entre les enseignants et les élèves, qui se renforcent avec les temps difficiles que vit la culture. Des initiatives se développent, la porosité entre le cycle d'étude et l'insertion professionnelle est grandissante.

Les questions fusent durant l'émission, on y entend Séverine Chavrier, metteur en scène du spectacle Epousailles et représailles ; Emmanuelle Huynh, directrice du CNDC d'Angers à l'initiative de Schools (rencontres internationales des écoles de danse) et Agnieszka Ryszkiewicz, danseuse polonaise. Pour être dans le vif du sujet, il faut se reporter à la deuxième moitié de l'émission, la première étant une table littéraire.

J'attendais beaucoup de cette émission et j'ai été un peu déçue. On y évoque surtout la danse, en revanche la formation théâtrale, la multiplicité ahurissante des écoles et le manque d'échanges entre elles n'y est pas abordé : dommage. Le débat tourne un peu en rond, on est plus dans l'introspection des invités (leurs parcours, leurs formations) sans mise en écho à une expérience plus universelle, le manque de liant entre les questions rend aussi l'émission difficile à suivre (on passe d'un récapitulatif rapide des formations possibles, à la création des CNDC, à l'importance de la culture générale et la mémoire dansée...). C'est à écouter néanmoins, par principe :






mardi 14 juin 2011

"Méchant" à la Comédie de la Passerelle



Méchant? Ah oui, ça Croch'patte pour être un méchant s'en est un... Et en plus, c'est un glouton! Pour assouvir une faim terrible il vole les gouters de ses camarades jusqu'au jour où il décide de s'attaquer à celui de son amie Biquette. Dès lors, rien ne va plus...
Le texte d'Anne Sylvestre met en scène ces deux personnages qui rappellent les contes mais qui ont des caractères et se réfèrent à des expériences bien réelles.

Ce texte, mis entre les mains d'Emile Delaunay et incarné par les comédiennes Raphële Gominet et Rafaële Chauvin devient une récréation pleine de réflexion (je milite pour le loisir instructif). Choisissant une mise en scène assez minimaliste, la metteuse en scène fait reposer le texte sur le jeu des comédiennes. Sur fond de mur en brique, les deux personnages se retrouvent au rythme de l'enfance : maison, école, récré, maison. Un Croch'patte gothique y fait l'apologie de la peur qu'il inspire chez ses camarades, armé de sa guitare électrique, rien ne semble lui résister, jusqu'aux flammes qui animent ses cheveux qui semblent crépiter. C'est sans compter sur l'énergie positive de Biquette, symbole de l'eau et de la fluidité, qui viens apaiser dans le jeu et dans la parole, la violence de Croch'patte (en diluant peut être parfois un peu trop). Le bémol, parce qu'il y en a toujours un lorsque l'on voit beaucoup de spectacles, sont les parties chantées. Elles ne sont pas assumées comme telles, les voix ne sont pas travaillées pour. Le second point à mettre en perspective concerne les déplacements de plateau, les passages derrière le mur de brique étant assez perturbants pour le spectateur. Ceux-ci marquent la temporalité mais cassent le jeu et la dynamique des comédiennes. Le spectacle aborde néanmoins une thématique essentielle, ravivant une expérience malheureusement commune à beaucoup d'écoliers. Une mise en scène bien menée, avec une mention spéciale pour l'interprétation de Croch'patte que j'ai trouvé drôle et méchant à bon escient. J'ai quitté la salle en entendant les enfants réclamer "Maman, tu me donne mon goûter?". Ma tartine de Nutella m'attends moi aussi...
Un spectacle à voir dès 7 ans.
Pour jouer autour du spectacle : cliquez ici
Pour vous donner envie, la bande annonce :

Méchant! - la bande annonce par extspectacle

jeudi 9 juin 2011

Le Théâtre Forum : une pratique sociale


Le théâtre forum prend ses origines dans les techniques et l'idéologie proposée par le brésilien Augusto Boal.
Tout commence dans les favelas de Sao Paulo dans lesquels Augusto Boal développe ce concept de théâtre participatif qui vise à explorer les tensions politiques quotidiennes et les problématiques sociales de la population défavorisée. Le Théâtre de l'Opprimé est en train de naître. Il s'agit d'un théâtre qui vise à informer et conscientiser les individus opprimés en recréant sur scène les situations de conflits. Au delà de la simple contemplation des problématiques vécues, Augusto Boal innove en invitant les individus à remplacer les comédiens et à proposer de nouvelles alternatives sur scène.



Le Théâtre Forum s'inspire de la dimension sociale et la pousse à l'extrême jusqu'à s'extraire du paysage théâtral pour devenir un outil de travail pour les éducateurs et les professionnels du social. Le théâtre forum est comparable à un débat organisé mais dans la théâtralité. Le sujet est choisi avant la réunion, lors de l'arrivée des spectateurs, des antagonistes et des protagonistes sont désignés avec la présence d'un joker (comparable à un maître de cérémonie qui va moduler si besoin). La scène débute avec les comédiens, puis celle-ci est stoppée par le joker, en général au bout de 10 à 15 min. Les spectateurs sont invités à proposer une suite, voir à reprendre la scène à la place des comédiens pour improviser ce qui pourrait se passer. Le théâtre forum mélange donc réflexion, improvisation, intervention, jeu de rôle, prise de risque. Un cocktail explosif pour un théâtre participatif.

Ce billet prend son origine dans l'émission diffusée aujourd'hui même sur France Inter, Carnet de Campagne présentée par Philippe Bertrand. L'invitée en deuxième partie était Myriam Zwingel, directrice artistique de la compagnie Six pieds sur terre. Une compagnie qui fluctue entre l'éthique du Théâtre de l'Opprimé (Augusto Boal) et le théâtre forum. La compagnie garde la vocation sociale du Théâtre de l'Opprimé et la forme participative du théâtre forum, en revanche, elle réalise des spectacles, c'est à dire qu'elle préfère une forme longue à l'aspect "scénette" de 15min des deux concept évoqués précédemment. Un théâtre interactif qui conserve sa vocation théâtrale de représentation. Le travail de la compagnie est particulièrement intéressant car tourné en priorité vers les scolaires par des sujets tels que Drogues et conduites addictives ou bien la Nutrition pour les primaires. Une initiative que je salue et vous invite à découvrir sans plus attendre en écoutant l'intervention de Myrima Zwingel :




Pour aller plus loin : 

mardi 7 juin 2011

TDC / La tragédie française XVIe-XVIIIe siècle


La tragédie, ce n'est pas qu'un héritage antique, c'est aussi l'histoire de l'évolution d'un genre. La publication du Scérén explique très bien ces mutations. Ce que j'apprécie particulièrement dans les numéros TDC c'est cette formule parfaitement équilibrée et encore inégalée de documents iconographiques et de texte. J'attire particulièrement l'attention sur deux chapitres bien menés et pour lesquels peu d'ouvrages synthétiques existent.

Tout d'abord un dossier sur le dispositif scénique qui reprend des notions telles que l'arrivée du rideau de scène en France, le début du décor en tant que véritable élément dramaturgique de la tragédie, le statut du public auquel on dévoile ou non certains éléments scéniques.
Le passage sur la monstration des événements sanglants puis leurs simples évocations est un extrait qui prête particulièrement à la réflexion sur les évolutions de ce qui est admis comme visible (avec possibilité d'ouvrir le débat auprès des jeunes sur l'extrême violence aujourd'hui plébiscité par les médias et les effets attendus/effectifs)

Le second dossier vraiment intéressant crée le lien entre mythe et Histoire grâce à la tragédie. On y apprend pourquoi ceux-ci ne sont pas antinomiques (un article sur le passage du sacré au politique dans la tragédie est aussi à lire pour comprendre le rôle que prend l'Histoire dans la tragédie au XVIIe siècle). Les sources d'inspirations de la tragédie mais aussi sa valorisation en tant que genre évolutif sont abordés par le prisme de la littérature. Dense mais riche.


Une revue qui vous dévoile la tragédie en peu de pages pour beaucoup de connaissances.

La revue est en vente en librairie ou sur le site du CRDP à 5,50€.

mercredi 25 mai 2011

"Mongol" de Karin Serres mise en scène par Pascale Daniel-Lacombe



Mongol est un roman de Karin Serres, dont l'adaptation théâtrale vient de paraître à l'Ecole des Loisirs.
Le temps est mitigé pour ce spectacle. Le texte est remarquable et j'en conseille la lecture aussi bien aux plus jeunes qu'aux plus grands et pourquoi pas aussi aux enseignants ou éducateurs. Nous entrons dans le quotidien de Ludovic, un jeune garçon plein de vie mais un peu plus lent que ses camarades de classe. Alors que sonne l'heure de la récréation, Ludovic subit les taquineries qui se transforment vite en moqueries. Soudain, entre les rires mesquins, fuse le mot qui va tout bouleverser :"mongol'" . Ils rigolent bien, les autres. Ludovic, lui ne comprend pas. Alors, il va chercher en secret dans le dictionnaire, et à sa surprise il lit :" Mongol : de la Mongolie", fiers guerriers, coutumes ancestrales, grandes plaines... Il n'en faut pas plus au jeune garçon pour s'identifier au Mongol dont on semble l'avoir traité. Malgré, ou grâce, à la méchanceté ambiante, le garçon va se transformer, se révéler, progresser : se métamorphoser.
Drôle et ludique, la pièce est pleine de promesses.



La mise en scène de Pascale Daniel-Lacombe était intéressante. Le décor mouvant, dans lequel s'emboitent les lieux comme les legos qui constitueraient la vie de Ludovic est un bon point. On passe avec fluidité et sans abuser du noir, de la salle de classe, à la chambre de Ludovic, aux toilettes de la cour de récré dans lesquelles il se réfugie... En revanche, les acteurs portaient des masques dont je n'ai pas compris le sens et pas perçu l'utilité. Le jeu du corps des acteurs n'était pas particulièrement adapté au port de cet outil. L'autre point que j'ai trouvé décevant était l'utilisation de l'espace scénique. L'ensemble de l'action se passait vraiment sur le devant de la scène et de manière latérale. On avait donc l'impression que les comédiens étaient "poussés" vers le public avec derrière eux le mur des décors. Une étroitesse qui se fait ressentir. Peut être s'agissait-il de suggérer le reste des bâtiments qui occuperaient toute la scène, ou bien de créer une intimité avec Ludovic. Quoiqu'il en soit, cela ne fonctionnait pas. Je pense donc que le mise en scène illustrait le texte, mais le fonctionnement de l'ensemble reposait davantage sur l'excellente écriture de Karin Serres que sur un homogénéité de la scène et du texte. Pour finir tout de même sur une note positive, j'ai apprécié le jeu des comédiens et tire mon chapeau pour celui (ou celle : le mystère perdure, les masques tiennent) qui interprétait l'ennemi de Ludovic, son tortionnaire de récré : une attitude, une posture du corps, une gestuelle qui campait merveilleusement l'enfant.


mardi 24 mai 2011

Le Brigadier

Un accessoire, une histoire est un feuilleton qui vous propose d'explorer des objets et des accessoires du théâtre. Il mêle librement Histoire et histoire et fait le pari de vous surprendre avec quelques sourires , quelques repères au détour d'un phrase.


 Le Brigadier

Tout commence une nuit brumeuse à Paris. Une famille s'apprête alors à souper, attablée, face au père qui lance la bénédiction. Alors que les premiers croutons étaient jetés dans les assiettes, on entendit frapper à la porte. Les enfants avaient interdiction de se lever de table tant que les assiettes n'étaient pas vidées, ce fut donc le père qui alla ouvrir. Un homme d'une cinquantaine d'années se tenait sur le pas de la porte. Nous passerons au lecteur les détails de son habillement, évidemment sale et misérable, et de son faciès déchiré par un étrange sourire qui tenait davantage du rictus nerveux. La famille était bonne chrétienne. On prit donc de la soupe dans chaque assiette et quelque croutons sauvés de la noyade pour faire souper notre homme.
La fin du repas était venue en quelques lampées. La tradition familiale voulait que cela soit un moment de partage des expériences de la journée, et avec un peu de chance, le père lirait une page d'un livre de grand. Chacun fît part de son quotidien. L'homme écoutait. La parole passait d'une bouche à l'autre. Puis de l'autre à l'une et le brouhaha s'installait sans que plus personne à cette table ne s'écoute. Soudain, l'homme se leva comme prit d'une terrible démangeaison, brisant le cercle de la veillée quotidienne. Jouant des regards qui se tournaient vers lui, il mima une terrible et incompréhensible douleur à la jambe. Puis, tirant sur son pantalon, devant les yeux effarés de la famille, on commença à voir émerger de l'écorce. Puis encore de l'écorce, c'était une véritable branche qui naissait du bas du pantalon de l'homme. Dans un soupir de soulagement, il retira la bâton de bois de son pantalon, puis se rassit. Il raconta, que pour sa part, il avait eu une excellente soirée et un bon dîner, mais qu'avant ça, il avait du se battre avec un malfrat. Les yeux pétillèrent de cette tranche d'extraordinaire. L'homme raconta comment il avait été repéré et s'était battu sur un chantier et avait finalement prit le dessus sur le voyou qu'il poursuivait. Durant le combat une épine s'était plantée dans sa jambe et avait poussée pendant le repas. Il s'excusait d'avoir du s'en débarrasser devant la famille, mais elle devenait vraiment encombrante et démangeait atrocement. Puis, s'en en rajouter, il salua la famille, souhaita la bonne nuit et prit la porte sans même être escorté du père.
Il oublia, ou laissa volontairement, son épine devenue branche dans la salle à manger. Les rumeurs allèrent bon train, la famille déduit que l'homme devait être un représentant de l'état, un fier brigadier, qui après avoir accompli son devoir, été venu se restaurer auprès de ceux qu'il protège. Ils gardèrent l'épine étrange de l'homme et avant chaque récit quotidien, lorsqu'arrive l'heure de la veillée, le père appelle au silence en frappant quelques coups avec le bâton du brigadier sur la table. Le silence se fait alors, en souvenir de cet homme étrange et de la branche qui avait poussé de son bas de pantalon.


Au théâtre, les trois coups sont frappés avec un bâton appelé brigadier sur le plancher de la scène, juste avant le début de la représentation, pour attirer l'attention du public, particulièrement quand il y a un lever de rideau.

lundi 16 mai 2011

"Guitou"

Une perle théâtrale!


De Fabrice Melquiot, j'avais déjà beaucoup aimé Albatros
Lorsque Guitou est arrivé, je me suis jetée dessus, d'autant plus que le thème me plaisait particulièrement: la photo!
On s'immerge et s'immisce dans une petite famille sans histoires : il y a le père "Moi", sa femme" Petite Amie" et leur petite fille "Armance". 
Et puis un jour, Armance ouvre des tiroirs de tiroirs et exhume de veilles photos du passé de ses parents. Et c'est un joyeux bazar qui s'installe. Au contact de la petite fille, les personnages des photos prennent vie et deviennent les Bons Copains et les Bonnes Copines d'Armance, et elle s'empresse de les présenter à ses parents. Et quelle surprise pour eux de reconnaître dans les connaissances de leur fille, l'image de leurs propres Bons Copains de leurs enfances qu'ils pensaient fixés dans le temps mort de la photo.  Les temps se mélange, à tel point que va apparaître Guitou. Guitou? C'était le meilleur ami du Papa qui sort de la photo une nuit et s'installe avec la famille devant l'air ahuri presque hagard du père qui n'y croit pas et la joie d'Armance d'avoir un grand frère par magie. Et voilà qu'un petit garçon des années 70 s'incruste dans la famille bien des années 2011 de son meilleur ami qui lui a grandit et est devenu un adulte. Une fresque familiale, une fresque temporelle qui nous donne envie de replonger dans nos propres albums.

Ce que j'aime chez Fabrice Melquiot? Sa plume sans doute. Ses tournures peut être. Ses sujets hors du temps et universels. Sa facilité à faire renaître une certaine naïveté et une fraîcheur chez ses personnages, enfin. Cette pièce est un coup de coeur, je ne l'ai pas lâchée, littéralement. En faisant bouillir l'eau des pâtes, en rangeant, en marchant, jusqu'à ce que j'ai ingurgité la dernière réplique!

Pour 4 personnages (Guitou pouvant laisser place à une voix off), à partir de 7 ans.

samedi 14 mai 2011

David Lescot et les adolescents


« Alors nous en tant que parents c'est vrai qu'on est un peu déboussolés bon c'est vrai on est très contents de ce qui leur arrive on parle d'eux partout on nous pose beaucoup de questions on est très inquiets très très inquiets... » Les Jeunes

« ...c'est pour ça qu'il faut faire attention avant de refaire les choses... » On refait tout

« Je suis là pour veiller à ce que le repas des élèves se déroule convenablement, à ce qu'il n'y est pas d'accidents, pas de bagarres, pas de blessés, pas de morts. Et c'est difficile. » Réfection



Les Jeunes, On refait tout, Réfection . Trois pièces, paru dans un même volume, mettant en scène des collégiens. Loin du petit CM2 qui entre au collège, David Lescot dresse le portrait d'une pré-adolescence tourmentée et extrême.

David Lescot est un auteur sans pareil qui m'a beaucoup séduite avec cet opus : il fait parler des collégiens avec violence, on se sent dans la peau du jeune sans jamais se dire « c'est de la caricature ». 

Avec Les Jeunes il plonge dans cette générations des bébé rocker, enfant-star, et autre hybridation de l'enfance que connaît notre société. Deux groupes de musique se construisent, Les Schwartz et les Pinkettes, les garçons et les filles, s'opposent, se cherchent, se détruisent sous le regard ahuris des adultes, celui paniqué mais fier des parents, celui adulateur des foules. Une descente dans les enfers très bien orchestrée

On refait tout est celle que j'ai le moins apprécié, probablement à cause du thème : le foot. Un match qui tourne court et que l'on décide de rejouer, pourtant il aurait mieux valu en rester là. Scène de bizutage dans les vestiaires, pression médiatique autour du sport : tout y est mais le jeu des répliques et le rythme sont trop étranges. On alterne commentaire succinct avec grand renfort de point de suspension avec des scènes composées de longue réplique trop linéaires.

Réfection est celle que je préfère car elle me rappelle mes expériences dans l'animation : des tables de jeunes dans un réfectoire, et un Pion pour éviter les morts par étouffements ou glissade. Trois tables avec chacune une dynamique : celle ou l'on s'inquiète de la possible présence de porc dans les bouchées à la reine, celle ou un ballon a été perdu qui crée un conflit entre le propriétaire et le responsable, celle qui asticote le Pion. On sent poindre le drame dans le brouhaha et pourtant on attend, un sourire crispé aux lèvres, et on l'accueille quand il se produit. Soulagé que la tension trouve son nœud et terrifié d'éprouver un tel contentement.

Les Jeunes, On refait tout, Réfection paru chez Actes Sud Papiers en avril 2011.

mercredi 11 mai 2011

Future / No Future au Théâtre Dunois

La création pour, par, sur des adolescents
Imaginez-vous sur un vol, un vol étrange. Vous êtes installés avec les autres passagers et une équipe d'hôtes et d'hôtesses de l'air aux gants bien blancs vous fait le discours habituel de sécurité, lorsque vous les entendez, sourire Signal sur les lèvres :


"Il n'y aucune issue,
il faut aller de l'avant"
"Il n'y aucune issue,
il faut aller vers l'inconnu"
"En cas de crash, des planètes gonflables de rechange tomberont..."


Il est trop tard pour descendre de l'avion, de toute manière je ne suis pas de ces rats qui quittent le navire, et face à ces sourires et ces voix qui répètent de manière presque effrayante "tout va bien, tout, va, bien, tout va bien..."  je décide de me laisser porter, un peu comme ces ados qui attendent, souhaitent, imaginent un futur, le leur?

S'égrènent alors tout au long de la pièce des histoires, des fragments de vies qui appréhendent un futur. Une jeune mère qui ne veut pas laisser sortir son bébé car le monde n'est pas prêt, une mère et son ado de fille, d'étranges responsables d'entreprise qui inventent la nourriture de demain à base de cadavre... Un patchwork dans lequel on ne suit parfois plus les lignes de coutures. Heureusement, l'équipage de notre vol, constitué de onze adolescents amateurs de théâtre, intervient ponctuellement au cours de la pièce. Avec un quelque chose de flegmatique face au vol sans pilote dans lequel nous sommes, il marque les étapes de cet étrange voyage non pas dans mais vers le futur. 

Et puis le présent apparaît par le hublot de temps en temps, des témoignages filmés et projetés sur deux grands écrans présents sur scène comme des nuages que l'on verrait passer. Mise en écho de jeunes et de plus âgés sur ce qu'il perçoivent du futur, de l'évolution, des gens, de la planète. Des idées du futur actuel mises en écho aux anciens futurs évoqués par ceux qui l'avait imaginé il y a 40 ans.

Et ces moments nous surprennent car on perçoit ce que les ados voient le matin en se levant : cette absence d'ennemi unique à combattre, cette absence de leader, d'idées, d'espoirs quelque part pour les guider; tout comme notre avion qui n'a pas de pilote. Et puis tout ce que l'on attend d'eux, en tant que génération future. Et pourtant ils sont là, à nous montrer le futur, à oser l'affronter alors que nous, les adultes, on se perd dans le présent de nos soucis quotidiens.

Future / No Future est une création qui s'agite et que j'ai beaucoup apprécié pour sa fraîcheur et sa portée. Un bémol pour les scènes d'histoires dans lesquelles je n'ai trouvé d'intérêt que pour une comédienne (Naïma Ostrowski).Une mention spéciale ira à Francis Guerrier et Maurice Giraud pour leur travail de scénographie et lumière tout à fait bluffant. Mention pour ses adolescents aussi qui m'ont rappelé mes années de lycée en option théâtre.


Un pièce-portraits d'adolescents : déterminés dans leurs incertitudes, jouée au Théâtre Dunois.

Pour aller plus loin, un micro trottoir à la sortie de la pièce, à écouter en cliquant ici :



mardi 10 mai 2011

Semianyki





Mercredi dernier, je suis allée assister au retour du Teatr Licedei au Théâtre du Rond Point pour le spectacle Semianyki. Venus une première fois en 2007, ces clowns pas vraiment comme les autres avaient déplacés les foules. Il fallait donc que je constate ce phénomène dont on me parlait tant! Le moins qu'on puisse dire, c'est que j'ai été bluffée, emportée, surprise, enchantée. 
Un petit air de poésie me semblait familier, un rien qui renvoie à l'enfant qui est en nous qui me semblait avoir été déjà réveillé par un spectacle.... Et bien, le Teatr Licedei a été fondé par Slava Polunine, à qui j'ai déjà consacré un Objet Théâtral Mirobolant pour son spectacle Slava Snowshow (si vous voulez en savoir plus sur la corrélation, rendez-vous sur la page Wikipédia). Pour Semianyki ("la famille" en russe) j'ai passé 1h40 de bonheur, sans parole, c'est clown burlesque m'ont fait rire comme jamais, entre bataille d'oreillers dans le public, petites taquineries entre les membres de la famille, moment d'émotion lorsque le père prend ses clics et ses clacs, et explosion quand son retour inonde la salle. On joue, on rit, on se regarde et on finit en apothéose avec un déchainement de serpentins de plusieurs mètres qui s'abat sur le scène et la salle. On sort comme du linge après une machine laver : rincé des mauvaises humeurs, blanc et naïfs comme des enfants!

dimanche 1 mai 2011

Les Classiques à l'école

Dans mon transistor en ce moment : une émission qui fait écho à une expérience universelle. Vous vous souvenez de ce pavé qu'on vous plaque sur le bois de votre table d'école et que vous traînez chez vous avec cette pression : "il faut que je le finisse, il faut que je le finisse!"?
Chacun cajole son petit traumatisme littéraire-scolaire, pour moi, ce fût Madame Bovary de Flaubert, en 1ère Littéraire. J'ai été jusqu'au bout, par haine, pour pouvoir démonter le texte, affuter mes arguments contre ma prof. Mais l'énergie du combat contre l'autorité n'anime pas tout le monde tout le temps, le réflexe face à ces lectures imposées reste l'abandon de la lecture. Temporaire parfois, pérenne d'autres fois. Alors que donner à lire aux élèves pour les séduire, leur parler, leur apprendre l'amour des mots? Comment le faire lorsque l'on est une figure d'autorité et que l'on fait partie d'un système de notation? Une émission pleine de surprise, de propos intelligents, une pause musicale délectable (Olivia Ruiz!!!), à écouter :


rt

mercredi 13 avril 2011

Petit dictionnaire du tragique


"Situation dramatique au Japon" "L'héroïsme des ouvriers japonais de la centrale qui tentent au péril de leurs vies de combler la brèche", "Les corps de 100 victimes retrouvés par des enquêteurs de l'Otan"...
On l'entend sur France Inter, on le lit dans Le Monde, on s'abîme les oreilles au détour de conversation : le registre du tragique est à l'honneur dans l'actualité.

L'occasion pour moi de rappeler peut être l'origine de ces termes, qui nous viennent du théâtre. Théâtre qui semble être passé des scènes conventionnées à la scène mondiale!

 Destin : 
 "Hé! repoussez, Madame, une injuste terreur. 
Regardez d'un autre œil une excusable erreur. 
Vous aimez. On ne peut vaincre sa destinée. 
Par un charme fatal vous fûtes entraînée. 
Est-ce donc un prodige inouï parmi nous ?
Phèdre, IV, 6


Héros : 
"Qu'est-ce-que le héros tragique? C'est un être particulièrement résigné à la cohabitation avec toutes les formes et tous les monstres de la fatalité." J. Giraudoux


Fatalité :
«Les hommes sont tous condamnés à mort avec des sursis indéfinis.» V. Hugo


Victime : 
"Nous sommes des victimes condamnées toutes à la mort. nous ressemblons aux moutons qui bêlent, qui jouent, qui bondissent en attendant qu'on les égorge." Voltaire


Tragédie :
"La comédie : celle-ci fait les hommes plus mauvais qu'ils ne sont aujourd'hui et la tragédie les faits meilleurs." Aristote
"Les thèmes de la tragédie sont universels, alors que ceux de la comédie sont plus ancrés dans les cultures." U. Eco


Dieu(x) :  
Alcmène
"Je ne crains pas la mort. C'est l'enjeu de la vie. Puisque ton Jupiter, à tort ou à raison, a créé la mort sur la terre, je me solidarise avec mon astre. Je sens trop mes fibres continuer celles des autres hommes, des animaux, même des plantes, pour ne pas suivre leur sort. Ne me parle pas de ne pas mourir tant qu'il n'y aura pas un légume immortel. (...) Pourquoi me regardes-tu soudain de cet air respectueux ?

Jupiter
C'est que tu es le premier être vraiment humain que je rencontre ..."
J.Giraudoux, Amphitryon 38, II, 2

Hybris :
"L’hybris pousse le héros à agir et à provoquer les dieux, malgré leurs avertissements, ce qui aboutit à leur vengeance et à sa perte. Ce sentiment est la marque de l’action du héros tragique, toujours prêt à assumer son destin." P.Pavis


Catharsis:
"La tragédie est donc l’imitation d’une action noble, conduite jusqu’à sa fin et ayant une certaine étendue […] ; c’est une imitation faite par des personnages en action et non par le moyen d’une narration, et qui par l’entremise de la pitié et de la crainte, accomplit la purgation des émotions de ce genre." Aristote

dimanche 27 mars 2011

La Nuit électrique

Avec cette pièce ce sont de délicieux frissons qui vont parcourir le dos des polissons. Clowns croqueurs d'enfants, ogresse cuisinière, fête foraine désertée : la nuit est ici la mère de toutes les peurs.

C'est au moment d'éteindre la lumière, lorsque leur mère part travailler au café, que Marie et son petit frère François s'embarquent dans des histoires du soir.
Sous la garde bienveillante de la lune, Marie débute son récit et emmène François dans des endroits qu'il aurait préféré ignorer.


Marie joue de son pouvoir de conteuse, de grande soeur, et tisse tellement bien les fils nocturnes que les frontières se brouillent, Maman devient alors une ogresse  s'apprêtant à cuisiner les petits garçons dont les clowns raffolent...

Mais si les deux bambins s'embarquent aussi loin ce n'est que pour mieux revenir avec ce bonheur de s'être fait peur.

Une pièce pour 3 personnages : Maman, Marie, François. A partir de 7 ans. Mention spéciale aux illustrations qui parcourent le texte !

jeudi 24 mars 2011

Busy Rocks : apologie du mouvement

Busy Rocks, c'est un collectif, hors du commun au sein de la danse. 

Ils sont cinq, frais moulus de P.A.R.T.S., l'école de danse d'Anne Teresa de Keersmaeker, dont ils sont sortis en 2008. 
Une création vue au Théâtre de la Bastille, Dominos and Butterflies, m'a fait découvrir ces jeunes talents. Ces danseurs poussent la logique du mouvement, telle que perçue dans l'exercice théâtral intitulé la Machine Infernale (exercice théâtral que j'évoquais ici), à son extrême. Ils enchaînent, durant 50 minutes, une suite de mouvements jubilatoires. Sans musique, avec un éclairage minimaliste, sans costumes, ils se présentent au public en tenues d'exercices, armés de leurs genouillères. J'ai pris un réel plaisir à regarder cette apparente logique d'enchainement pendulaire, comme on peut être fasciné en regardant un boulier de Newton. Même si la vidéo est loin de rattraper la réalité du geste sur scène, voici l' O.T.M. du mois de mars :



vendredi 18 mars 2011

Quand le théâtre frappe :

Le Bruit des os qui craquent, un titre qui accroche, qui crépite dans l'oreille. J'y ai donc laissé traîner mes yeux pour finalement être happée par le quotidien d'Elikia  et Joseph, un quotidien qui n'a rien de routinier et rassurant. Cela fait partie des textes qui vous plongent dans un état de choc presque salutaire. La violence des adultes dans la bouche des enfants a toujours cet effet de perversion révélée. On reste bouche-bée en écoutant le cri de ces enfants-soldats à qui plus rien ne peut rappeler la vie, l'histoire du plus grand détournement d'humanité possible : celle des adultes sur les enfants.

Le synopsis est poignant et je me suis surtout attachée à un personnage, Elikia. Fillette enlevée à sa famille par les soldats rebelles après la mise à sac de son village. Les humiliations, les coups, les viols, fabriquent la femme sur la fillette. L'endurance, la reproduction des comportements violents sur les nouveaux, elle se fait remarquer : elle devient la femme du chef du camps. En même temps que l'acquisition d'un certain pouvoir et d'une protection lorsqu'elle reçoit sa première arme, elle se voit imposer de participer au raid sur les autres villages. Et puis un jour les soldats ramènent au camps Joseph, le plus jeune enrôlé. Elikia, du haut de ses 13 ans se rappelle alors la vie.
La fuite se décide, la fuite s'organise, la fuite se subit, la fuite se craint, la fuite se marque dans les corps meurtris et les esprits exténués : Elikia et Joseph se sauvent. La violence de ce théâtre-témoignage est parfois difficilement soutenable, alors le voix d'Angelina, l'infirmière qui reçoit les deux enfants, se lève face à une étrange commission et met à distance cette réalité, comme pour laisser filtrer une lumière incertaine.

On ne sort pas bien de la lecture de cette pièce, on a mal tout en se sentant impuissant à résoudre notre douleur car finalement ce n'est pas la notre mais celle d'autres enfants, là bas. Je remercie Suzanne Lebeau pour ne pas prétendre résoudre les conflits du monde, pour ne pas traîner dans le pathos, mais simplement pour évoquer un partage d'expériences sans jugement.  Comme on se raconterait notre enfance lors d'une première rencontre à grand renfort de petites madeleines, Elikia et Joseph nous racontent la leur, sans séduction, sans volonté d'impressionner.

Vous pouvez lire ce texte aux Editions Théâtrales Jeunesse ou allez voir la mise en scène de Anne-Laure Liégeois au Théâtre du Vieux Colombier à Paris.



En bonus, une vidéo de Suzanne Lebeau racontant la genèse de son texte et surtout la rencontre avec les deux enfants à l'origine du texte.


mardi 1 mars 2011

Théâtre et timidité

Le théâtre va-t-il concurrencer la psychanalyse? 

Un défaut, une qualité? Les uns et les autres se mettront d'accord. 
En revanche, la timidité quand elle n'est plus le simple charme des pommettes qui rosissent, mais plutôt la moiteur d'une paume, est bien plus compliquée à vivre et beaucoup moins glamour à aborder. Physiquement et psychologiquement, la timidité s'empare de l'être, comme une perte de maîtrise de soi qui pousse le timide à se fermer au monde. 

A l'adolescence, âge délicat au possible, la timidité maladive pèse de tout son poids. Une visite illico chez le psy du coin? Ou une immersion dans un atelier de théâtre?
Je vote pour la deuxième option en ayant fait l'expérience au lycée. Bien sûr on lutte et les premiers cours sont décourageants, stressants. Et puis, on prend confiance. Et surtout, on ne fait pas que vaincre une timidité, on apprend de nouveau son corps, on découvre le jeu et les comédiens, le texte. Plus qu'une descente dans les eaux profondes du moi intérieur, le théâtre ouvre au monde. Et tout ça, je vous invite à l'entendre de la bouche de lycéens et d'étudiants, de Papy du Déclic Théâtre lors de l'émission Service Public sur France Inter.
Pour écouter : 






lundi 28 février 2011

Une tragédie finit-elle bien?


Pour être tragique une pièce doit-elle impérativement finir mal? Le héros doit-il souffrir jusqu'à ce que le rideau tombe? L'amplitude tragique d'une pièce se mesure-t-elle jusqu'à sa fin?

On s'habitue bien vite aux happy end que nous servent différentes industries télévisées et cinématographiques.
Bien sûr on souffre et on pleure, mais quel soulagement de ne pas avoir enduré tout cela pour rien! Purgé d'émotions négatives, on ressort avec, imprimé sur notre rétine, au choix : les retrouvailles, le baiser, la réconciliation finale.

Pourtant, la tragédie en tant que telle ne peut s'achever sur une note fraîche et pimpante. Renonçant à une facilité que nous prenons pour acquise, elle ne fait pas l'économie de la réflexion. Austère le tragique? Dépassée la catharsis? Peut-être bien. La tragédie contemporaine ayant pris son envol loin des codes édifiés par la Poétique de l'ami Aristote. On doit reconnaître que la tragédie fait difficilement vibrer les âmes comme elle a dû le faire durant l'Antiquité ou même le Moyen Age.
Mais un code théâtral évolue avec la société qui l'engendre, or aujourd'hui et avec tous les facteurs que nous connaissons, le spectateur se comporte plus que jamais en client. Il paye sa place et attend en échange un service qui tient souvent du plaisir et de la détente. Dès lors, comment prendre positivement le fait qu'on fasse souffrir le spectateur? Que la tragédie prenne à coeur les problèmes de l'homme et de la société sans nécessairement proposer un univers recomposé dans lequel dansent des bisounours?

On préfère de loin payer sa place pour un one man show, ou pour les téméraires une comédie grinçante. Et quand bien même avons nous payé pour l'Andromaque de Racine à la Comédie Française, il s'agit d'une tragédie qui ne s'inscrit plus dans un contexte actuel. Les questionnements qu'elle engendre sont distanciés.

A défaut d'un texte tragique, respectant l'ensemble des codes de la tragédie, on peut encore se confronter à des textes initiant l'émotion qui devait être autrefois ressentie par les Athéniens lors d'une représentation des Trachiniennes de Sophocle. Je citerai bien évidemment mon dernier chouchou en date : Wajdi Mouawad avec sa trilogie Littoral, Incendies, Forêts. Koffi Kwahulé ou encore Laurent Gaudé étant aussi de ces auteurs qui ne vous promènent pas au pays de Candy.

Alors, je le dis, que cela finisse mal! Sortons choqués, essorés, révoltés, d'une lecture ou d'une pièce tragique. Osons garder sur nos joues les traces iodées des larmes, les ridules d'inquiétudes, provoquées par une pièce tragique. OUI, la tragédie finit mal et ce n'est pas si grave.

Pour poursuivre la réflexion, un texte court et agréable à lire qui condense un ensemble de réflexions de théoriciens autour de l'happy end dans les tragédies. Avec une tasse de thé ou de café, un moment intelligent à passer devant son écran!


lundi 21 février 2011

Le théâtre : une sortie scolaire?

Diable, une nuée d'enfants!

En allant voir des pièces pour le jeune public on s'habitue à côtoyer classes et professeurs venus se frotter au spectacle vivant.
On entend avec une certaine nostalgie le personnel du théâtre rappeler, sur ce ton si particulier que l'on utilise pour s'adresser aux enfants, les règles à suivre durant la représentation. 
Et les maîtres et maîtresses reprendre avec les enfants la raison de leurs présences à ce spectacle et les grandes lignes qui font l'histoire du théâtre auxquels certains assistent pour la première fois.
Ce qui m'a amenée à m'interroger sur l'organisation de tels événements dans le cadre scolaire. Quelles implications logistiques et administratives, quel suivi pour les enfants, quel projet à mener? Cette réflexion se base sur un principe que je soutiens : offrir un accès aux spectacles vivants à tous les enfants, sans instaurer de pression financière sur le porte-monnaie parental ou bien encore sur l'emploi du temps.
L'école, pour avoir été en lien avec elle lors de ma pratique professionnelle de l'animation, est un moyen d'offrir cet accès. Je n'oublie pas les associations qui jouent un rôle essentiel elles aussi auprès des jeunes, j'évoquerai bien évidemment leurs rôles lors d'un futur billet.

Mais pour l'instant, voici quelques lignes qui retracent la genèse de l'aventure théâtrale que vivent nos petits élèves. Mieux comprendre ce que fait l'équipe professorale, appréhender l'engagement artistique d'une école, prendre conscience de l'exigence réglementaire... Autant d'éléments qu'il est bon de connaître pour apprécier à sa juste valeur l'initiative de certains professeurs.

Le premier document à feuilleter est issu de la circulaire no 99-136 du 21 septembre 1999, il ne comporte que certains paragraphes que j'ai sélectionné pour l'intérêt des internautes n'étant pas nécessairement du corps professoral. Vous y trouverez des informations concernant :
  • Finalités et objectifs des sorties scolaires (découverte d'un projet, débat, outils pédagogiques d'exploitation de la sortie culturelle),  
  • Dispositions communes pour l'organisation des sorties scolaires (passage traitant essentiellement de la logistique)  
  • L'organisation pédagogique des activités mises en œuvre dans le cadre des sorties scolaires (déroulement de la présentation du projet de sortie culturelle, présentation aux élèves, relations pédagogiques avec le maître et partenariats possibles)
Lire la circulaire :

Pour les plus pressés, un résumé issu d'un article de la lettre mensuelle des professionnels jeune public, Le Piccolo



 


Et vous, quelle expérience retenez-vous des sorties scolaires et culturelles de vos enfants? Avez-vous déjà partagé une salle de spectacle avec des classes en sortie?

vendredi 4 février 2011

Petit Pierre ou comment tisser autour d'une histoire vraie


 Bus 96 direction Porte des Lilas, 45 min de trajet, de montées et de descentes et puis un arrêt : rue Saint Fargeau. Et puis un théâtre : le Théâtre de l'Est Parisien. Et puis un spectacle : Petit Pierre. Et puis les lumières s'allument...

Sur un plateau peuplé d'étrange feuilles métalliques et éclairé sobrement, Sara Louis se tient dans sa blouse bleue. Commence l'épopée atypique de Petit Pierre, un être un peu cassé, malingre, à l'œil à demi-fermé avec une étrange prononciation mais surtout un petit manège dans la tête.
La scène débute comme le jeu enfantin "dessiner c'est gagner", Sara Louis dessine un bébé et on entend les enfants de la salle qui  tentent de deviner le croquis à chaque apparition de bras, de jambes. Et puis, en surimpression se dessine un étrange visage que les enfants ne comprennent/reconnaissent pas : celui de Petit Pierre, l'enfant "tête de vipère". Au fur et à mesure du récit que Sara Louis mène d'un doigt de maître (malgré l'agitation de la salle), passant de narratrice à Petit Pierre, l'expérience personnelle se mêle à l'Histoire. Se découvrent et s'animent sur scène des figurines, des portraits, comme autant de petites tâches de la vie du héros. Des petites tâches qui égayent aussi le pelage de l'animal qui guide ce petit garçonnet "pas terminé" dans son appréhension du monde, cet animal chéri qu'il garde et veille : la vache.
Et s'imbriquent sans que l'on s'en rende compte l'histoire d'une vie, de deux guerres mondiales, de petites vexations,de grands espoirs pour former un manège "La Fabuloserie", reproduit à échelle symbolique sur la scène et projeté par un petit film en parallèle sur le mur au fond de la salle. Un instant magique où l'on s'émerveille de la mécanique de la vie, de celle de Petit Pierre, génie pas fini...

Un dossier autour du texte de Suzanne Lebeau et de sa mise en scène au Théâtre de l'Est Parisien :  cliquez ici

La Fabuloserie de Pierre Avezard, un site à visiter : cliquez ici

Un diaporama des photographies de la mise en scène pour ceux qui seraient passé à côté :



mardi 1 février 2011

L'O.T.M. en février, l'O.T.M. qui plaît!

Pour cet Objet Théâtral Mirobolant une mise en lumière d'un metteur en scène/auteur/directeur d'auteur, exceptionnel : Joël Pommerat. Mais aussi un hommage à cette nouvelle émission développée par Arte : Pass Pass Théâtre. Une initiative qui met à l'honneur le spectacle jeune public avec des rediffusions de pièces mais surtout de petits reportages sur ce qui se cache derrière le rideau de scène...
Je vous propose donc de découvrir Pinocchio de Joël Pommerat, récemment joué aux Ateliers Berthier à Paris.

 

mardi 25 janvier 2011

MOMIX : pélerinage des amateurs du spectacle jeune public!


 C'est qu'il s'en passe des choses dans le Haut-Rhin! Que les habitants s'apprêtent à un déferlement culturel sans précédent : c'est la 20e édition du festival MOMIX à Kingersheim. Durant 2 semaines, les compagnies et les spectacles se succéderont de salles en espaces à Kingersheim. mais prendront aussi l'air dans les alentours de la ville. Un hommage à rendre pour cette initiative du CREA (scène conventionnée jeune public, sîouplaît!) qui réunit dans une énergie commune des bénévoles, des artistes, des animateurs, des enfants, des ados, des parents, autour de projets culturels tout au long de l'année. Mention spéciale pour la radio Momix qui permet aux fieffés parisiens, comme moi, de suivre l'actualité du festival et mention originale pour la présence d'ateliers pour les ados, cette année autour de la photographie!

On ne voudrait pas rater : 
  • L'Ogrelet, Le Magnifique Théâtre / Suisse
  • Semianyki, Teatr Licedei / Russie
  • Eric n'est pas beau, Théâtre du Gros Mécano, compagnie Les Anges Nus / Québec-France
  • 2084 un futur plein d'avenir, compagnie Flash Marionnettes / France
  • Oh boy!, Théâtre du Phare / France
Mais parce qu'il y en a encore beaucoup d'autres, la programmation à feuilleter :


Le blog du festival, c'est ici : MOMIX

Vous y allez? Vous y êtes allés?

jeudi 20 janvier 2011

Revisiter la tragédie par le texte

A la recherche d'un texte idéal pour aborder la tragédie, je suis tombée sur l'excellent :

Les enfants de Médée de Suzanne Osten et Per Lysander, éd. Théâtrale Jeunesse


Avec 5 personnages (Médée, Jason, la Nourrice, Petite Médée, Petit Jason)  la fable se tisse sur un espace scénique définit avec précision au début du livre : une première partie du plateau figure la chambre des enfants, la seconde un décor antique (colonnes par exemple) dédié aux parents. 
C'est cette configuration qui m'a le plus plu, ce passage d'univers actuel/antique, adulte/enfant avec la Nourrice comme élément liant. 
On y retrouve aussi le chœur antique, avec sa véritable fonction et définition (contrairement à la choralité plus souvent utilisée comme je l'expliquais dans un précédent billet). Le mythe est bien transmis, mais le tour de force réside dans son actualisation par une situation connue de plus en plus fréquemment : la séparation des parents. La tragédie est vécue par les parents, avec les accents tragiques que l'on connaît chez Euripide, puis mimée par les enfants à l'aide des jouets qui peuplent leur univers, avec leur langage à eux.
Les auteurs ne plongent pas dans la traduction/transmission niaise, ils dépassent l'évocation du mythe tragique pour l'appliquer aux tragédies quotidiennes : la violence d'une mère, les disputes des parents, la culpabilité éprouvée par les enfants...

A lire dès 5 ans, à jouer pour un public de 5 ans à 13 ans.

 
Design by Wordpress Theme | Bloggerized by Free Blogger Templates | Macys Printable Coupons